C’est l’histoire d’une énième déception professionnelle

J’ai beau me raisonner, me dire à chaque fois que c’est inutile d’espérer ou de faire des plans sur la comète avec cette entreprise, j’ai toujours cette petite étincelle d’optimisme qui persiste et me dit qu’il n’y a pas de raison, que j’ai mes chances, et que cette fois c’est la bonne.

Et puis, j’en ai marre de taire le nom de cette entreprise à cause de laquelle j’ai déprimé sévèrement tant de fois. Vous saviez que mon premier contrat chez Monoprix, c’était en septembre 2014 ? Six ans, six putain d’années qu’on me fait le coup, plusieurs fois par an, de me faire miroiter un CDD longue durée ou un CDI pour finalement me le faire passer sous le nez.

Six ans que je fais mes preuves, petit CDD par petit CDD, que je ne déçois jamais, qu’on loue ma force de travail malgré mon handicap, mais qu’on me ferme la porte au nez. Avec le motif claqué au sol du « pas de couples dans l’entreprise ».

Un motif particulièrement hypocrite, se cachant derrière le refus du piston, alors que pourtant le pistonnage existe à grande échelle dans cette entreprise, les cadres plaçant allègrement leurs proches sans qu’on ne leur dise rien. Le directeur du magasin dans lequel est mon conjoint actuellement a même sa sœur au siège, sœur qui d’ailleurs a réussi à le maintenir à son poste malgré quelques événements pour lesquels il aurait dû être viré. Mais bon le coup du piston pas bien, ça ne marche pas pour tout le monde hein !

Cette année, je n’ai jamais été aussi proche d’y avoir enfin un CDI. Mon homme a gueulé pour que j’aie une chance, et j’ai eu l’occasion de faire mes preuves, si bien que même mes collègues m’ont avoué qu’ils ne s’attendaient pas à une telle force de travail vu mon gabarit. Mais le Covid a fait son entrée, les CDD ont été virés, et depuis j’attendais que l’enseigne embauche de nouveau pour récupérer mon dû. Oui, mon dû. Parce que j’ai montré qu’être en couple au sein du même magasin ne posait pas problème, parce que j’ai bossé et je me suis investie comme une dingue pour décrocher ce sésame, et la cruauté avec laquelle j’ai encore pris une porte dans la gueule me pèse encore.

Même le directeur n’était pas contre me reprendre, il y a deux semaines encore il disait à mon homme que je serai rappelée dès que la personne qui fait actuellement un abandon de poste serait virée. J’étais enthousiaste. Le poste n’est pas intéressant en soi, la boîte non plus, mais au moins dans ce milieu je suis bonne dans ce que je fais et surtout ça fait une sécurité financière.

Et puis il a changé d’avis, brusquement. D’un coup il a pris un ton dégoulinant de condescendance pour dire à mon homme que je ne serai pas reprise à cause d’un « devoir de neutralité » (????), que ce n’était pas discutable et point barre. Alors que même les collègues réclament mon retour, parce que ça les arrange bien, avec ma vitesse de travail c’est moi qui récupérerais le travail supplémentaire, donc forcément…

Et il ne veut pas s’expliquer sur les raisons de ce revirement. Il se contente de garder son ton condescendant en disant qu’il espère que mon homme comprenne, ce qui n’est pas prêt d’arriver : l’équipe est en sous-effectif depuis des mois (ils tournent à 3 ou 4 au lieu de 6), il y a à disposition une personne compétente, déjà formée et efficace, mais le directeur ne veut pas la prendre pour une raison claquée et demande à mon homme de former une nouvelle personne. De former une nouvelle personne alors qu’il n’y a déjà pas le temps de faire tout ce qui est à faire. Comment comprendre une telle décision ?

Il refuse également l’idée d’un nouveau CDD. Et honnêtement je vous avoue qu’être reprise en CDD, ça me ferait profondément chier. Être en CDD ça veut dire passer à côté de tous les avantages, toutes les primes (dans l’enseigne les CDD n’ont pas eu la prime Covid, car ils ont été virés avant qu’elle soit versée et ils ont ajouté une condition de date pour la toucher, malins les mecs). Donc ça voudrait dire qu’en étant investie plus que les autres je passerais à côté de tout, d’autant plus que je fais mes putain de preuves dans cette putain d’enseigne depuis six putain d’années. Oui je suis toujours vulgaire. Mais c’est mérité.

Donc là, je vous avoue, je suis… je ne sais même pas ce que je ressens. De la rage, de la déception, de la haine. Tout de suite, là, j’ai envie de porter plainte contre Monoprix pour discrimination sexiste, puisqu’ils refusent de m’embaucher malgré mes capacités juste parce que je suis la copine de quelqu’un. Je pense honnêtement que ça ne mènerait pas à grand chose, je doute que ça passe devant un tribunal.

Mais ça reste injuste. Des couples se forment au sein des magasins, on fait quoi dans ce cas, on en vire un des deux ? Et quid du cas de mon directeur dont la sœur au siège couvre les frasques ? Avec un membre de la famille dans les hautes sphères, il y a de potentiels problèmes de partialité là aussi et pourtant ça se fait ! Alors pourquoi casser les couilles depuis six ans pour un couple au sein du même magasin alors que ça s’est toujours bien passé ? Ce genre de problématique devrait être traitée au cas par cas, un couple d’ados ou de jeunes adultes n’a pas la même attitude qu’un couple de trentenaires ensemble depuis près de 10 ans et qui a déjà montré sa maturité au travail.

Rien que les couples qui se forment au sein du magasin rendent cette clause de convention collective caduque. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac : il est évident que tout le monde ne réagit pas pareil à une rupture, et toutes les ruptures ne sont pas violentes ou mauvaises. Bosser avec son ex, certains en sont capables et d’autres non. Et dans le pire des cas, si une rupture avec mon conjoint s’envisageait et se passait mal, je pourrais très bien passer dans l’autre équipe au lieu de rester en alimentaire et ainsi on ne se fréquenterait même plus !

Honnêtement je commence à me demander si j’aurais vraiment signé mon CDI sans ce virus. A l’époque le directeur ne semblait pas contre, mais il est si lunatique qu’aujourd’hui je me pose la question. Et moi j’en ai marre d’être le dindon de la farce, celle qui est compétente mais qu’on laisse comme un chien attaché sur le bord d’une autoroute pour partir en vacances. J’ai 30 ans, j’ai besoin de stabilité et pas d’être la bouche-trou qu’on appelle en petit CDD parce qu’on n’a pas le choix mais à qui on refuse le CDI pour embaucher des personnes moins compétentes derrière.

J’ai assisté à de nombreuses embauches en CDI dans l’ancien magasin de mon homme, des gens qui bossaient moins bien que moi et les supérieurs le savaient. Vous imaginez à quel point c’est frustrant, à quel point ça plombe la confiance en soi, d’assister à ça à de multiples reprises ? De voir des recruteurs qui savent que vous êtes meilleure donner ce précieux sésame à des gens qui ne le méritent pas ou le méritent moins que vous ? Vous imaginez le nombre de dépressions profondes que j’ai traversées à cause de ça, ne comprenant pas pourquoi j’étais toujours la laissée pour compte ?

Vous imaginez comment je me sens, actuellement, en sachant que ce précieux sésame va encore revenir à quelqu’un d’autre ? Alors même que mes anciens collègues me demandent toujours quand est-ce que je reviens à chaque fois que je vais faire une course au magasin ou que je viens voir mon homme ? Ces petits « Ben alors c’est quand qu’on te revoit ? » qui sont comme de multiples coups de poignard qui me rappellent ces six années de frustration et de dépression. Six années à accepter des CDD, à montrer mes compétences pour voir les autres récolter le fruit de mon travail. Je suis sûrement le plus gros pigeon de Monoprix.

Monoprix, Monoprix, Monoprix, si vous saviez à quel point je vous déteste pour ça. S’il était possible de me venger je le ferais. Mais là, je n’ai plus qu’à retourner lécher mes plaies pour la millième fois. Ça devient une habitude après tout. Cacher mes émotions et faire comme si de rien était pour garder bonne figure et continuer de chercher vainement ailleurs.

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