Une vie cyclique

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Je me souviens que ma mère s’exclamait souvent, quand quelque chose n’allait pas « Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça encore ?« . Je ne sais pas si le problème vient d’un quelconque Dieu, mais je me pose aussi souvent la question !

J’ai l’impression que ma vie, c’est comme le jeu Enderal : je suis piégée dans un espèce de cycle qui se répète sans cesse et je ne peux rien y faire. Le schéma est toujours le même :

Je galère longtemps => Je finis par avoir des entretiens => Ça échoue/Je tombe encore sur des connards => Ça me décourage => Je galère longtemps.

J’essaie de me remettre en question, je dois vraiment avoir une tronche de grosse victime pour qu’à chaque fois on me manque de respect comme ça, mais je ne vois pas trop d’où ça pourrait venir. Oui, j’ai mes défauts, et j’ai identifié certains soucis que j’ai en entretien, mais ce ne sont pas des soucis qui méritent un tel traitement.

La semaine dernière, j’avais deux entretiens. En raison des grèves, je n’ai pas pu me rendre au premier car il n’y avait pas assez de bus. C’est l’inconvénient des zones commerciales excentrées et mal desservies, malheureusement.

Par contre, le lendemain, j’ai pu accéder à la zone pour mon deuxième entretien. Je me rends sur le site de la compagnie de bus pour faire mon trajet, tout est ok et je pars de chez moi.

Une fois arrivée, je suis le trajet que j’avais imprimé et je me retrouve… devant un magasin de vêtements au lieu du magasin de papeterie/bureautique auquel je dois me rendre.

Evidemment, je n’ai pas rendez-vous à une heure fixe : il s’agit d’un job-dating, donc premier arrivé premier servi, et les derniers arrivés sont bons pour attendre 30 ans vu le taux de chômage de la ville. Je suis partie de manière à arriver en avance, sauf qu’avec ce contretemps, évidemment, je suis sûre d’être en retard.

J’allume le GPS Google Maps de mon téléphone pour savoir où est réellement le magasin que je cherche, mais il me dit la même chose que le trajet que j’avais imprimé, à savoir devant le magasin de vêtements.

J’essaie d’abord d’interroger des gens, mais soit ils fuient en me regardant comme si j’étais le sheitan lorsque j’approche, soit ils ne savent pas.

J’ai alors l’idée de regarder directement sur le site de la boîte, mais là encore, comme c’est Google qui gère leur carte, ça m’indique le magasin de vêtements. J’essaie d’appeler le magasin, mais ça sonne occupé.

Je regarde alors les photos des clients sur google avis, et j’en repère une de l’extérieur du magasin, avec le nom de l’enseigne voisine. Je renseigne ce nom sur mon GPS et OH MIRACLE enfin ça m’indique une autre direction. Une position située à… 2.5km. J’avais déjà fait le tour de la zone où j’étais et j’étais crevée, et j’étais déjà en retard, mais je me suis mise en route. Sachant que c’était 2.5km dans une zone commerciale/industrielle aux chemins caillouteux et tout sauf lisses.

J’arrive toute transpirante et les jambes flageolantes, pour voir évidemment une queue pas possible dans la zone du magasin consacrée au job-dating. Il y avait des canapés pour s’asseoir, du coup j’ai repéré ma place dans la queue et je suis allée m’asseoir, avec, je l’avoue, un petit couinement de soulagement tant j’avais mal aux jambes. J’avais déjà pas mal puisé dans mes réserves physiques et nerveuses. Et ça se voyait, j’étais toute rouge.

Sauf qu’une harpie, qui était première dans la file, s’est immédiatement mise à me hurler dessus en me demandant pour qui je me prenais à doubler tout le monde. J’essaie de lui expliquer que je n’ai doublé personne mais que je me suis juste assise, parce que j’ai une station debout pénible, mais elle commençait déjà à essayer de prendre tout le monde à partie en gueulant -sans grand succès-.

Je sors ma carte de priorité en haussant le ton pour lui dire que je n’ai pas doublé mais que je dois m’asseoir, sauf qu’elle continuait de gueuler en essayant d’entraîner les autres, probablement trop limitée intellectuellement pour comprendre ce que signifiait cette carte malgré mes explications. Je me suis enfoncée dans le canapé avec un soupir, la laissant gueuler comme un putois. Argumenter avec des cons demande trop de cuillères et je n’en avais déjà plus.

Un des employés qui faisait les entretiens a fini par se lever pour venir voir ce qui se passait, et la fille l’a à moitié agressé, toujours en criant, en lui disant que j’avais doublé tout le monde pour m’asseoir. J’avais toujours ma carte de priorité dans la main et il l’a remarqué immédiatement. Il a alors demandé à la fille de se taire pour que je puisse répondre, ce que j’ai fait, en soulignant bien que j’avais essayé de lui expliquer mais qu’elle préférait gueuler. Point qui a été approuvé avec soulagement par le reste de la file qu’elle essayait de prendre à partie.

L’employé a alors demandé à la fille de partir, car quelqu’un qui était incapable de garder son calme devant une situation aussi anodine n’avait rien à faire dans un poste qui demande un contact constant avec la clientèle. Elle a pris un air outré, m’a insultée de « grosse pute » puis est partie. Je n’ai cependant même pas eu le temps de savourer cette petite victoire que l’employé se tournait vers moi pour me dire « Mais vous savez, si vous avez une station debout pénible ce n’est même pas la peine de postuler, vous n’avez aucune chance« . Le sourire qui commençait à s’esquisser sur mes lèvres est retombé bien vite. J’ai demandé à l’employé en quoi cet état m’empêchait de travailler, étant donné qu’il y avait de quoi s’asseoir (et surtout que j’avais fait bien plus pénible dans la grande distribution)… et il m’a rétorqué que c’était un poste qui demandait une certaine activité et qu’il n’était pas fait pour… les tire-au-flanc.

Les TIRE-AU-FLANC. J’ai fait 2.5km à pied sur un chemin atroce alors que j’étais déjà crevée, tout ça pour son entretien de merde, pour me faire qualifier de tire-au-flanc ? Il ne m’a même pas laissé le temps de répondre qu’il repartait terminer son entretien.

J’étais complètement outrée, et je n’étais pas la seule puisque deux autres personnes dans la file ont spontanément proposé de me donner leur numéro au cas ou je comptais porter plainte pour discrimination.

J’ai pris leurs coordonnées puis, à bout mentalement comme physiquement, sur le point de pleurer, j’ai décidé de foutre le camp avant même d’avoir été reçue en entretien.

Une fois rentrée, mon homme, indigné, voulait me pousser à péter un scandale sur Twitter, bon moyen de faire le bad buzz selon lui. Mais la seule chose qui occupait mes pensées, c’était ma profonde lassitude. C’est toujours pareil. Des recruteurs qui ne savent même pas ce qu’est le handicap le plus basique, qui se permettent des remarques odieuses, et qui de toute façon devant le fait accompli trouvent une excuse pour me refuser après. Faire le buzz, oui, et après ? Vu le nombre de candidats il leur suffit de dire que je n’ai pas le profil le plus intéressant et hop, exit ! Le buzz va leur faire les pieds quelques jours et sera oublié, si du moins le tweet perce (j’ai déjà essayé cette méthode sans succès, si le tweet n’est pas relayé par un gros compte c’est mort).

Et moi je vous avoue que j’en ai un peu marre de me battre contre des moulins à vent. Si j’arrive à en faire tomber un, des centaines d’autres attendent de piétiner ma dignité avec délectation. Alors autant me préserver et passer à autre chose. Sous la pression de mon homme, j’ai envoyé un message à la chargée de recrutement sur LinkedIn, qui m’a immédiatement répondu et a obligé le gars à m’appeler pour s’excuser. Elle m’a ensuite accordé un entretien téléphonique. Mais je sais très bien comment ça va se finir : vu le scandale, je ne serai pas prise, et puis voilà les tensions avec le collègue pris en faute après… c’est juste histoire d’arrondir les angles et dire que j’ai fait quelque chose.

Avec le temps, je ramollis. A une époque j’aurais été au bout du monde pour faire payer des réflexions pareilles, et aujourd’hui je m’en fous. Je me dis que c’est dingue, quand même, d’en arriver à ne plus vouloir se battre pour sa dignité tant l’intolérance et l’incompréhension sont devenues la norme.

3 réflexions sur “Une vie cyclique

  1. Je me suis déjà demandée si en vrai, tu paraissais aussi forte que par écrit.

    Je m’explique.
    Je me suis déjà demandée si certaines personnes se permettaient des propos avec toi, simplement parce que tu parais forte, du genre à avoir les épaules à supporter la critiques, les injures etc. (Je ne dénigre pas le fait que tu es forte, soit dit en passant).

    Du coup, les gens s’en balek de ce que tu ressens au fond, et se préoccupe pas que ça soit la ème fois que tu aies ce genre de réflexions de merde, en se disant que de toute façon, tu as assez de force pour supporter la « critique ».

    Alors qu’au bout d’un moment, force ou pas, on en peut plus. Des réflexions a la con, des conseils à la con, des insinuations à la con. On est blasés et lassés.

    Et dans ton cas, je pense qu’il y a plus totalement la force pour contrer les cons.

    C’est mon ressenti, je ne connais pas, ou peu, donc je dis peut être de la merde.

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    • Je pense que c’est l’inverse, je parais moins forte que je ne suis. J’ai une attitude « autiste » on va dire, j’ai du mal à regarder les gens quand je parle, je suis plutôt posée, je fuis les interactions. Et je pense que c’est ça qui fait que justement les gens pensent qu’ils peuvent tout se permettre, parce que j’ai l’air passive et craintive.
      Sauf que quand je suis dans une situation comme celle-là, généralement, c’est comme si une deuxième personne prenait le dessus et je suis capable d’attaquer comme si j’étais extravertie et sans peur.
      C’est ça qui me pousse à me demander si je ne suis pas folle comme ma grand-mère et mes tantes qui ont de sérieux soucis mentaux. C’est une sorte de dissociation.

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      • Je pense que tu as repondu à ta situation. Tu es en dissociation quand tu te sens attaqué :/
        C’est pas de la folie. C’est un état de protection, de sécurité.

        C’est ouf comme les gens se permettent des choses quand ils pensent que tu es « fragile ».

        Au bout d’un moment, tu dois être éreintée..

        Aimé par 1 personne

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