[Série] You, un nouveau Dexter ?

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La série You, disponible sur Netflix depuis fin décembre, est inspirée du livre Parfaite, de Caroline Kepnes. Je n’ai pas encore pu me procurer le livre pour faire une réelle comparaison, mais de ce que je vois ici et là, s’il y a des différences entre les deux supports, la saison 1 semble fidèle dans les grandes lignes.

Synopsis :

Joe, le gérant d’une librairie new-yorkaise, devient obsédé par Beck, une jeune aspirante écrivaine qui partage sa passion pour les livres et pour la poésie. Persuadé qu’ils sont faits l’un pour l’autre, il va alors se servir des réseaux sociaux pour nourrir son obsession, savoir en permanence où elle se trouve et ce qu’elle fait, et tenter de faire tomber tous les obstacles qui pourraient se dresser en travers du chemin de leur possible romance. Quitte à commettre des actes totalement fous…

Comment décrire cette série ? Dérangeante serait le premier mot qui me vient à l’esprit. Pourquoi ? Tout simplement parce que Joe, le personnage principal, est tellement bien interprété et surtout ses analyses sur la personnalité des autres sont tellement justes qu’il est difficile de ne pas s’y attacher. Mais le problème, c’est que Joe… est un psychopathe, un stalker et un harceleur. Son cynisme décapant est la touche d’humour grinçant de la série, et à chaque fois qu’il doute de Beck, on commence par se dire qu’il est paranoïaque alors qu’à chaque fois, il a raison. Et du coup, vous, derrière votre écran, êtes partagés entre l’horreur du caractère du personnage et l’envie de lui trouver des excuses, avant de reprendre vos esprits et de vous dire « non, on ne peut pas trouver des excuses à quelqu’un qui va si loin. Mais quand même. Un peu. ». On arrive même à lui trouver un côté humain dans sa ténacité à sauver son petit voisin de son milieu violent et toxique. L’ambivalence de ce personnage réside dans ses deux côtés : c’est à la fois un chevalier blanc et un chevalier noir. Il est difficile de le catégoriser mauvais sans réfléchir. Il a tous les avantages d’un personnage gris : il n’est pas manichéen. Il est fou. Il est humain.

Histoire de rajouter un petit côté malaisant, le personnage de Beck, lui, est insupportable au possible. C’est une pimbêche, le genre de fille attirée par les paillettes et la richesse, qui veut se faire un nom mais qui ne fait rien pour. Elle est oisive, essaie de se faire bien voir mais sa personnalité est aussi creuse que sa future tombe. J’ai passé toute la série à me demander ce que Joe lui trouvait pour s’accrocher autant et aller si loin pour elle, parce qu’à part son joli minois, Beck n’a juste strictement rien d’attirant. Elle n’est même pas foutue d’être fidèle. Elle n’a aucune personnalité. Elle ne sait pas dire non, s’entoure de personnes toxiques et se laisse bouffer, et n’écoute jamais la voix de la raison pour ensuite revenir la queue entre les jambes. Plusieurs fois. Elle ne retient jamais la leçon. Elle se résume elle même dans la série : elle est paumée. C’est une pauvre fille. Mais attention, une pauvre fille jolie.

Ce que j’ai beaucoup aimé aussi, c’est la mise en avant des dérives des réseaux sociaux : si Joe parvient si facilement à stalker Beck, c’est parce que tous ses comptes sont publics et qu’elle passe son temps à y raconter sa vie, chaque minute, sans désactiver une quelconque géolocalisation. Elle perd son téléphone, mais lorsqu’elle en rachète un nouveau elle ne pense pas à débrancher l’ancien du cloud et donc tous ses messages sont traçables… les réseaux sociaux permettent de suivre les gens à la trace. Surtout ce genre de fille qui s’expose complètement. La preuve : lorsqu’elle désactive ses comptes, Joe devient à moitié fou car il ne sait plus ce qu’elle fait en temps réel. Il ne peut plus la tracer, magie ! Beaucoup de personnalités publiques ont des stalkers car il est facile de les suivre et de savoir où elles sont. C’est fait exprès, mais ça encourage aussi ce genre de malades, obsédés, attirés, qui ne savent pas faire la différence entre personnalité virtuelle et personne réelle.

Grâce au côté chevalier blanc de Joe, on peut aussi se faire une idée de ce qui se passe dans la tête d’une femme battue et des conséquences sur les enfants concernés. Joe offre un échappatoire au petit Paco grâce à la lecture, mais ce n’est pas suffisant… qu’est-ce qui peut pousser une femme battue à ouvrir à chaque fois la porte à son bourreau ? Il est facile de juger, et pourtant, on finit par comprendre. Tout n’est pas noir ou blanc, et parfois il n’y a pas de solution.

Comme dit si bien Mr Mooney, le mentor de Joe : Some people deserve to die. Et la série passe son temps à nous interroger sur cette question : le méritaient-ils ? Chaque victime n’était pas toute blanche. Et si, parfois, il n’y avait pas d’autre solution ?

4 réflexions sur “[Série] You, un nouveau Dexter ?

  1. Excellente analyse, surtout de Beck ! Car à part son physique cette fille n’a rien : elle va jusqu’à inventer la mort de son père, qui sera, comme la mort d’autres proches, sa seule source d’inspiration pour écrire quelque chose de vraiment bon…

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  2. Pingback: Que penser de la saison 2 de You ? – La Bardesse Geek

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