Optimisme et pessimisme

 

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Avec mes symptômes bizarres qui durent depuis plus d’un mois, je commence sérieusement à fatiguer. J’ai comme un poids énorme sur la poitrine, le thorax parfois en feu et parfois comme si j’avais avalé de la glace, de la tachycardie, les poumons douloureux… et à tout cela se rajoutent des vertiges et une fatigue particulièrement intense. Je suis essoufflée au moindre effort, et même sans effort d’ailleurs : je me lève pour aller aux toilettes, et j’ai le cœur qui se met à battre comme si j’avais monté 10 étages en courant.

Le médecin a soupçonné une allergie au pollen, j’ai été pendant 10 jours sous anti-histaminiques mais cela n’a rien fait. Il m’a ensuite mis 7 jours sous antibiotiques et anti-histaminiques, et le feu dans mes poumons s’est un peu calmé… pour reprendre après. J’ai toujours de la ventoline, mais ça ne change pas grand chose.

J’ai aussi fini aux urgences, mais je n’y ai pas été prise au sérieux, mes symptômes ayant tous été attribués à mon stress, on m’a dit de prendre mon xanax et que ça irait mieux.

Breaking news, je l’ai pris, et ça ne va pas mieux.

Aujourd’hui, j’ai eu une radio du thorax, qui n’a rien montré de suspect, tant au niveau du cœur que des poumons. Tout est normal. La médecin qui a rédigé le compte-rendu de ma radio m’a dit que mes vertiges, mon essoufflement et ma fatigues pouvaient être dus à une anémie ; je trouve cette théorie plus plausible qu’une allergie au pollen sortie de nulle part, puisqu’à la mort d’Hélia j’ai passé presque deux semaines en me nourrissant à peine, voir en passant des journées entières sans manger. Je suis censée me faire prescrire une prise de sang pour en être sûre.

Je commence aussi à me demander si je ne suis pas devenue hypocondriaque avec cette histoire de pandémie, tant le moindre petit truc me fait littéralement paniquer, et entrer dans un cercle vicieux : J’ai un petit symptôme => J’ai peur => La panique amplifie mon symptôme => J’ai encore plus peur => Je suis encore plus malade…

Pourtant, même si j’ai des symptômes suspects, je ne pense pas avoir eu le coronavirus : je ne tousse globalement pas (même si parfois je ressens une envie de tousser), mes poussées de fièvre sont de l’ordre du classique, je n’ai pas perdu l’odorat ou le goût…

Cependant, cette épidémie me fait vraiment peur, et le comportement des gens est encore plus alarmant : pour beaucoup, ce « confinement » a été le Club Med, aucun respect des gestes barrière, sorties pour un paquet d’œufs, discussion avec les voisins sans distanciation ni port de masque…certaines mamans qui profitaient du portail bancal de l’école pour aller faire jouer leurs gamins dans la cour, le tout en discutant les unes avec les autres sans aucun geste barrière… et depuis le déconfinement, c’est pire : groupes de gens qui discutent, presque personne ne porte de masque, et certains font bien comprendre que la distanciation leur casse les couilles et ne la respectent pas.

J’ai vraiment peur pour mon homme, dans la grande distribution, qui se retrouve obligé de gérer ce genre de gugusse qui ne respecte rien et qui peut le contaminer. Lui-même a du mal avec le masque, l’enlève pour un rien sans se désinfecter… et quand il rentre il circule avec ses godasses crades dans toute la maison, balance ses fringues sales par terre, alors que TOUS LES JOURS je lui dis d’au moins laisser ses chaussures à l’entrée… moi je marche parfois pieds nus, normal je suis chez moi, alors s’il pouvait éviter de tout dégueulasser ou ramener des merdes sous ses chaussures…

J’ai peur de la deuxième vague, car si les français continuent de se comporter comme de gros connards, elle aura bel et bien lieu. N’y-a-t-il pas eu assez de morts ? Que les gens n’en aient rien à foutre de leurs concitoyens, soit, mais en agissant ainsi, ils mettent aussi en danger leurs proches. Ceux qu’ils aiment.

J’aimerais me calmer en me coupant du monde, mais je n’y arrive pas. Et pour une bonne nouvelle rassurante que je lis, j’en lis trois mauvaises et ça me plombe. Je retiens le négatif plus que le positif. J’en suis angoissée, j’ai envie de m’enfermer avec mon homme et de ne plus sortir tant le comportement des gens me fait peur et que ce virus me fait peur. Je ne veux pas voir mon homme malade et je ne veux pas attraper cette maladie. Le fait qu’il soit obligé de galérer dans ce job pourri en contact avec des connards irrespectueux qui risquent de le contaminer me bouffe, vraiment. Et m’empêche de réellement déstresser.

La solitude liée à la mort d’Hélia me plombe aussi, il manque quelque chose à la maison, et surtout quand mon homme est au travail, je suis seule avec mes pensées, je n’ai plus de petite puce pour me distraire, pour essayer de me calmer. Hélia était non seulement un anti-dépresseur pour moi, mais aussi pour mon homme, qui est beaucoup plus à cran qu’avant. Elle était notre oxygène.

On a décidé d’entrer en pourparlers avec la famille d’accueil d’une petite minette noire qui est dans notre ville, mais les adoptions sont compliquées avec le virus, les visites encore plus. Nous sommes censés rendre visite à la famille d’accueil mais évidemment ils ne sont pas tout près, ça obligerait à prendre les transports en commun, avec le danger que ça implique… mais j’ai l’impression que mon homme et moi avons besoin d’un nouveau chat, et le caractère de cette petite minette semble correspondre à ce que l’on cherche.

Bref, je suis vraiment fatiguée, psychologiquement comme physiquement. Je m’en fais peut-être trop, j’aimerais être aussi insouciante que tous ces gens qui se baladent sans protection mais je n’y arrive pas. Mon cerveau oscille entre optimisme et pessimisme profond, et c’est souvent la deuxième option qui gagne. J’en ai assez, j’ai envie de reprendre une vie à peu près normale, sans avoir peur pour ma vie et celle de mes proches. C’est terrible, une pandémie. Et dire qu’on en verra probablement d’autres.

Un court séjour aux urgences

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Depuis quelques temps (un bon moment) je présente des symptômes assez suspects de poussées de fièvre, de sensation de gêne au thorax et de douleurs aux poumons. Je suis allée voir mon médecin pour ça, qui m’a prescrit un anti-histaminique, pensant qu’il s’agissait d’une allergie au pollen, bien que je n’aie jamais manifesté de sensibilité quelconque au pollen. Il m’a aussi prescrit du Xanax, que j’ai choisi de ne pas prendre, n’ayant pas confiance en ce genre de médicament.

Un peu moins de 15 jours après, ne voyant pas la moindre amélioration et notant même une aggravation des symptômes, avec une sensation de brûlure aux poumons et de la tachycardie, de fatigue cardiaque et pulmonaire, je suis retournée le voir. Il a insisté sur sa cause pollenesque, en me disant qu’à ce stade seule la cortisone pourrait me soulager mais qu’il est impossible d’en prescrire à cause du Covid-19. Du coup, j’ai eu droit à un antibiotique et un autre anti-histaminique et je suis rentrée chez moi.

A bout moralement et épuisée physiquement par ces douleurs incessantes et ayant l’impression de ne pas être prise au sérieux du coup, j’ai fini, encouragée par une amie virtuelle infirmière, par appeler le 15.

Je suis tombée sur quelqu’un d’extrêmement sec, j’avais à peine le temps de décrire mes symptômes dans leur ensemble que j’étais mise en attente, puis reprise, jusqu’à finalement me faire raccrocher au nez sèchement en me disant qu’une ambulance arrivait pour m’emmener aux urgences. Je n’avais même pas tout décrit ni parlé de ma maladie  génétique mais bon, soit.

Ironiquement, j’ai été emmenée à 20h, sous les vivats des gens qui applaudissaient de chez eux -applaudissements accueillis avec froideur par ceux qui m’ont emmenée-, paniquée à l’idée de risquer d’attraper le Covid-19 aux urgences et d’y aller seule (mon homme n’avait pas le droit de m’accompagner). Paniquée à l’idée d’un éventuel diagnostic grave et de mourir seule comme un chien -oui, j’étais TRÈS angoissée-. Je pleurais sans arrêt dans l’ambulance, avec l’ambulancier qui tentait de me rassurer, sans succès. Puis je suis arrivée, j’ai été emmenée en isolement, dans une unité Covid. Et j’ai été laissée là, avec juste un pauvre « lit » recouvert d’une couche de papier, sans oreiller ni drap pour me couvrir et une chemise de nuit courte.

Je continuais à pleurer sans arrêt, me sentant mal à l’aise et effrayée, et je suis restée comme ça plus de 3h avant que quelqu’un ne vienne me voir. Une infirmière, car j’avais fini par appuyer sur le bouton, désorientée, affolée, et surtout migraineuse à force de pleurer sans discontinuer. Elle m’a donné un doliprane de très loin, en posant l’emballage à terre, puis est repartie bien vite en me disant que le docteur arrivait. Oui, il arrivait déjà il y a 3h…

Quand il a fini par arriver, encore un peu moins d’une heure après, et qu’il a vu mon état, je n’ai pas eu l’impression d’être prise au sérieux immédiatement : il a de suite attribué mes symptômes à l’intensité de mon stress. Il m’a cependant examinée, mais l’examen ne l’a pas affolé : si j’avais eu le covid, mes poumons auraient fait un autre bruit, bien plus intense. Là, il sentait surtout les battements de mon cœur affolé et ma respiration saccadée due à la panique -et l’isolement sans aucune présence pour me rassurer ou me dire ce qui se passait, même derrière la porte-. Pour lui je n’avais rien de grave.

Il a aussi répondu précisément à mes questions, notamment sur les interactions possibles entre ma maladie et le coronavirus : il m’a alors dit que je n’étais pas une personne à risque, car ma maladie est une mutation de la mucoviscidose touchant les cils bronchiques là où le coronavirus attaque les alvéoles. Un asthmatique chronique aurait beaucoup plus de chances que moi de présenter des complications. Si je devais l’attraper, j’aurais moins d’une chance sur 1000 de finir en réanimation ou morte. Visiblement, l’article que j’avais lu sur l’interaction entre le coronavirus et les cils était faux.

Cependant, avec le recul, j’ai eu l’impression qu’il me disait que seuls les vieux et les obèses étaient à risque ; or, on a vu des gens mourir de cette maladie sans qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre de ces groupes. Sur le coup, j’avais tellement besoin d’entendre quelque chose de positif -pour moi, on se comprend- que je n’ai pas relevé. Je ne sais pas s’il m’a menti ou s’il a édulcoré les choses pour me rassurer, mais j’aurais dû insister un peu, quitte à avoir un soignant à l’écoute de mes inquiétudes.

Non parce qu’en tant que personne handicapée, j’ai eu l’impression d’être complètement abandonnée à mes questionnements morbides et à ma panique ; j’ai posé des questions à mon médecin traitant actuel, qui ne connaît pas ma maladie et n’a pas su y répondre. J’ai écrit à mon ancienne pneumologue, pourtant à l’écoute habituellement, mais elle ne m’a jamais répondu. J’ai envoyé des messages à des associations de malades respiratoires, dont une spécialisée dans ma maladie en particulier, 0 réponse. Et enfin, la Ligne C, que j’avais contacté pour avoir des infos ou des témoignages, n’a pas été d’une très grande aide hormis pour l’écoute. Les seuls témoignages que j’ai eus me viennent de twitter.

Bref, après ce très bref examen, le médecin voulait me renvoyer chez moi, sans chercher plus loin que l’idée du stress, éventuellement associé à une infection pulmonaire légère. J’ai quand même insisté, parce que quitte à être venue aux urgences et avoir attendu seule si longtemps, autant essayer de creuser un peu. J’ai déjà eu des crises d’angoisse, qui jamais ne m’ont fait ça. Un peu à contrecœur, il m’a proposé de me tester covid, et les tests sont revenus négatifs. J’ai été un peu sermonnée pour avoir insisté car lui savait que c’était inutile après son examen, mais je crois que psychologiquement, j’en avais plus que besoin.

Il m’a aussi dit que même en unité covid, à moins de lécher les murs, je n’avais aucune chance de le contracter aux urgences. Sur le coup je n’ai pas tilté, mais après coup, je me dis que ça m’étonnerait que les soignants contaminés en unité covid aient léché les murs.

Le médecin a fini par m’appeler une ambulance pour me ramener, étant donné qu’il était tard et que je n’étais pas non plus en très grande forme. Comme je n’étais pas prioritaire, j’ai attendu plus de trois heures, encore seule dans ma « chambre » qu’on vienne me chercher.

Je me sentais nauséeuse et j’ai fini par vomir, ce qui a fait qu’on a repris mes constantes, qui étaient toujours bonnes. Le médecin a attribué ça à la retombée du stress.

En rentrant chez moi, pour la première fois de ma vie, j’ai prix un comprimé de Xanax. Ou plutôt de son générique, Alprazolam. Je n’ai pas en soi l’impression que ça ait changé grand chose : j’ai toujours mes pensées noires qui reviennent, j’ai juste l’impression d’être incapable de laisser couler les larmes qui veulent sortir. Au réveil, je n’avais plus les poumons qui brûlaient, mais au moment où j’écris, c’est revenu, avec la douleur au thorax.

Je veux bien croire que c’est dû au pollen, et je vais prendre le traitement, mais au bout d’un moment, si ça ne se calme toujours pas entre le Xanax et les anti-histaminiques, qu’est-ce que je fais ? Si même aux urgences on ne prend pas cette douleur au sérieux ? Je rappelle encore le 15, j’insiste pour que les examens aillent plus loin que le simple stress ?

Après, de ce qu’on m’a dit, j’avais des marqueurs de stress dans le sang. Je ne savais pas que c’était possible, mais apparemment si. Donc peut-être que ça s’arrangera si j’arrête de stresser. Avant, c’était Hélia qui agissait comme un catalyseur à émotions, mais depuis qu’elle est partie, je suis en roue libre. Et dans l’impossibilité d’adopter un autre chat -et je ne suis pas sûre de le vouloir de toute façon-.

Je ne sais pas… j’ai la sensation que c’est autre chose, que ce n’est pas le stress, mais si personne ne veut m’examiner plus amplement, je ne sais pas quoi faire.

Cancer de l’intestin chez un chat, témoignage

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Maintenant que j’ai enfin les résultats de la biopsie d’Hélia, et que je sais ce qui l’a emportée, j’écris cet article afin de poser mon témoignage, au cas où d’autres maîtres se retrouveraient dans mon cas et pour éviter les mêmes erreurs.

Je n’ai plus la date exacte à laquelle ses symptômes ont débuté, de mémoire c’était vers mai ou juin 2018. Elle a commencé à avoir des vomissements anormaux, allant jusqu’à 10-15 vomis par jour, parfois jusqu’au sang.

La première fois, nous avons cru que c’était la chaleur qui la rendait malade -nous étions dans un appartement mal isolé et prenions la chaleur de plein fouet- puis nous nous sommes rués chez le vétérinaire en voyant que ça continuait.

La vétérinaire ne s’est pas affolée pour un sou, elle lui a fait une piqûre d’anti-vomitif, puis nous a prescrit des comprimés anti-vomissements et n’a pas cherché plus loin.

Nous sommes revenus la voir plusieurs fois, car bien évidemment les vomissements continuaient, et notre chat perdait énormément en vitalité : elle jouait de moins en moins, devenait difficile niveau appétit… cependant, à chaque fois c’était le même cirque : la vétérinaire faisait sa piqûre d’anti-vomitif, essayait de nous vendre ses croquettes « digestives », nous disait qu’il était normal qu’un chat vomisse.

Au bout d’un moment, devant notre insistance, elle a fait une prise de sang, nous a dit que ses reins allaient bien et que donc tout allait bien.

C’est à ce moment là que nous avons décidé de changer de vétérinaire.

Nous avons mis un certain temps avant de nous décider parce qu’il faut savoir qu’entre deux crises, Hélia allait très bien et se comportait normalement. Alimentation normale, pas de signes extérieurs de douleur ou de mal-être. Du coup, à ma grande honte, on s’est un peu endormis sur nos lauriers…  on lui donnait son anti-vomitif quand elle faisait ses crises et voilà.

D’un autre côté, à notre décharge, quand nous allions consulter la vétérinaire il s’agissait de visites coûteuses pour rien et ça nous agaçait énormément.

En 2019, nous avons donc changé de vétérinaire pour avoir un nouvel avis, tenter de creuser un peu le problème, parce que pour nous il était évident qu’Hélia avait quelque chose et que ses vomissements étaient anomaux. Ce n’était pas notre premier chat et jamais nous n’avions vu de tels vomissements.

Le premier contact fut bon, et le vétérinaire a accepté de faire des tests supplémentaires à Hélia : elle a eu une radio, une échographie, et une analyse sanguine poussée, en plus d’une palpation. Au vu des résultats, il a diagnostiqué une pancréatite chronique.

Hélia s’est donc retrouvée avec un traitement… qui a cessé de faire effet au bout d’un mois. En parallèle de ce traitement, nous avions convenu avec le véto de passer à une alimentation à 100% humide, car nous ne voulions pas baisser la qualité de sa nourriture en passant de croquettes Orijen à des croquettes Virbac (je suis contre l’alimentation à base de céréales pour les carnivores stricts).

Nous sommes donc retournés voir le vétérinaire pour lui exposer le problème, et là le ton a changé : on a pris une leçon de morale interminable sur la nécessité absolue de passer aux croquettes Virbac, ce qui m’a rappelé un précédent vétérinaire qui m’avait menti sur l’état de santé de mon chat pour me vendre des croquettes -Virbac également d’ailleurs-, du coup j’étais extrêmement réticente et surtout énervée.

Il n’a pas voulu tester d’autres examens ni explorer d’autres pistes. Pour lui, Hélia était atteinte de pancréatite et elle n’allait pas mieux parce que je refusais de la nourrir avec ses croquettes miracle. Sachant qu’en plus de ça, Hélia, habituée à la qualité, ne mangeait jamais les croquettes du vétérinaire lorsqu’elle était gardée en observation. Et on a beau dire qu’un chat préférera manger que se laisser mourir… ce n’était pas le cas d’Hélia qui, pendant un mois, refusait de s’alimenter si on n’ajoutait pas un peu de croquettes à sa pâtée lors de sa transition. Elle a maigri si effroyablement qu’on a fini par céder.

Son traitement antibiotique et anti-vomitif ne fonctionnant pas, et n’ayant plus de vétérinaire à portée, je suis passée à un traitement de gemmothérapie. Parallèlement, nous avons déménagé et offert un cadre de vie largement meilleur à Hélia. La gemmothérapie a fonctionné (très sûrement alliée au cadre de vie, je ne vais pas tout lui attribuer non plus) pendant environ 4 mois (presque 5), et puis, malheureusement, ses vomissements ont repris, encore plus fréquents qu’avant. Lorsque ses vomis se sont transformés en véritables geysers, j’ai cherché le vétérinaire avec les meilleurs avis Google et nous avons été chez lui.

Suite à une palpation, son assistante a soupçonné un lymphome, car ses ganglions étaient énormes. De plus, elle était déshydratée. Du coup, un prélèvement a été fait et envoyé pour analyses, tandis qu’Hélia était gardée la nuit pour être réhydratée et recevoir une première séance de chimiothérapie.

Lorsque nous l’avons récupérée… Hélia était devenue apathique, amorphe. Elle se traînait, ne mangeait plus, était littéralement collée à nous à chercher notre attention ou à dormir à nos côtés. Elle a eu un regain de vitalité la veille de sa deuxième chimio, j’avais envie d’y croire, mais je sentais que c’était la fin.

Nous avons amené Hélia le mardi 24 mars au vétérinaire, qui en voyant son état, a décidé de ne pas poursuivre la chimio, car elle aurait dû mieux y réagir que ça. A la place, il nous a proposé de la réhydrater la journée, puis de pratiquer une biopsie le mercredi matin, afin de savoir ce qu’elle avait exactement.

Cependant, il était trop tard. Hélia a bien supporté l’opération, mais a fait une embolie pulmonaire lors de son réveil, ce qui l’a emportée. Nous n’avons pas pu être à ses côtés et ce fut soudain, brusque, horrible. C’est son corps que nous sommes venus voir au lieu de récupérer notre petit amour convalescente.

Les analyses ont été envoyées quand même et ont révélé un cancer de l’intestin. Je pensais à un cancer du pancréas, car j’étais restée sur le diagnostic de l’ancien vétérinaire, mais Hélia n’a jamais eu de pancréatite. Le cancer avait juste atteint le pancréas. Le vétérinaire nous a expliqué que lors de la biopsie il avait vu un intestin poreux et un foie extrêmement atteint. Il était trop tard, la chimio n’aurait rien changé.

Et je suis dégoûtée, parce que si le cancer de l’intestin n’est pas réversible, il est cependant possible de diminuer, voir supprimer les symptômes, avec un traitement à vie. Si les vétérinaires parisiens (de saint-germain-en-laye plus exactement) avaient fait leur travail, Hélia aurait pu avoir une fin de vie moins pénible, plus digne.

Il faut cependant savoir que le cancer chez l’animal se diagnostique très difficilement, et souvent il est déjà trop tard. C’est ce qui nous est arrivé. Mais il y a quand même une différence nette entre difficultés de diagnostic et absence de volonté de diagnostiquer. Hélia a vu au total 5 vétérinaires dans sa vie, dont 3 (plus ou moins 4) lors de sa maladie. L’une d’entre eux n’a absolument rien fait, le deuxième s’est endormi sur un diagnostic faux, seul le troisième a fait quelque chose, mais malheureusement trop tard. La « plus ou moins quatrième » a fait du pur lobbying Virbac pour appuyer les dires du deuxième.

Lors de nos visites chez les différents vétérinaires, nous avons toujours insisté sur le côté anormal de ses vomissements, même lorsqu’on nous disait « un chat qui vomit c’est normal ». Mais lorsqu’un praticien ne veut rien faire, insister ne sert à rien. Nous étions les maîtres, pas les soignants, nous avons fait notre part en nous rendant chez ceux qui étaient censés venir en aide à Hélia. Ils n’ont juste pas rempli leur part du contrat. J’ai plus eu l’impression de me rendre dans des animaleries que dans des cabinets vétérinaires, tant leur priorité semblait être me vendre leurs croquettes à la con sans chercher plus loin.

Si jamais vous tombez sur cet article parce que votre chat présente des vomissements répétés et anormaux (Hélia pouvait vomir jusqu’à 15 fois par jour si ce n’est plus, allant parfois jusqu’au sang), des diarrhées, un manque d’appétit et d’énergie, cela ne signifie pas forcément un cancer comme dans le cas d’Hélia, mais c’est tout de même anormal, ne laissez pas votre vétérinaire vous endormir, par pitié. Insistez, insistez, jusqu’à faire tous les vétérinaires de la ville s’il le faut. Votre animal est précieux. Vous êtes les seuls à pouvoir parler en leur nom et les aider.

Essayer de se rassurer

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Aujourd’hui, j’ai décidé de demander de l’aide. Mon médecin m’a prescrit du Xanax, tant mon anxiété se ressent à des kilomètres, mais j’ai toujours un barrage psychologique vis à vis de ce médicament. Tous ces témoignages d’addiction, de zombification, ne me rassurent pas et ne me font pas envie.

Pourtant, mon anxiété, mon stress, sont forts. Vraiment. A une période dans ma vie je pensais  être déprimée, mais je ne savais pas ce qu’était la véritable dépression… maintenant je le sais.

Je passe mon temps à pleurer, je n’arrive même plus à m’alimenter. J’ai la sensation que plus rien n’a de sens. Mes ennuis administratifs, la perte d’Hélia, celle de ma tante, et le probable décès de ma mère dans les jours qui suivent me bouffent. En plus de cette peur panique vis à vis du virus, étant donné que je fais partie de cette tranche de population très à risque de développer une forme grave.

J’en deviens hypocondriaque, je panique à la moindre poussée de fièvre (alors que bon quand on chiale non stop les poussées de fièvre on en a…), à la moindre douleur… j’ai la sensation d’avoir un étau autour des poumons et ça me fait peur, alors que c’est trèèèèès probablement dû à ce stress intense.

Le fait que mon homme soit obligé de continuer le travail, malgré toutes ses précautions, m’angoisse encore plus. Depuis cette semaine, le conjoint d’une personne fragile peut demander un arrêt de travail, mais ça arrive trop tard, bien trop tard. Mon homme a rendez-vous chez le médecin mardi pour le demander, et va également devoir le demander pour moi parce que… j’ai eu la joie de recevoir un courrier de l’assurance-maladie comme quoi selon les informations dont ils disposent, je ne suis pas éligible à l’arrêt maladie en ligne. Alors qu’il est écrit noir sur blanc que toutes les pathologies respiratoires chroniques sont concernées, y compris la mienne qui est une mutation de la mucoviscidose. Du coup ça fait que mon arrêt est refusé et que c’est au médecin de le faire et l’antidater, du coup.

Psychologiquement, je suis tellement en saturation totale que je me suis dit que j’allais demander de l’aide.

J’ai commencé par appeler la Ligne C, spécialisée dans les personnes ayant une maladie chronique et cherchant des informations sur le covid-19. A peine la personne a décroché que je me suis mise à pleurer, sans même savoir pourquoi. Je suis juste incapable de rester au téléphone sans pleurer tant je suis angoissée… et ça ne me ressemble tellement pas. La personne a été d’une grande écoute, me rassurant sur ma légitimité à avoir peur, et elle m’a dirigée vers quelques associations… mais malheureusement elle n’avait pas de témoignages de personnes avec des pathologies chroniques ayant contracté le virus et qui s’en sont sorties. J’ai fait des appels à témoignages, j’ai rejoint divers groupes Facebook liés à ma pathologie mais je n’arrive pas à en trouver. Et c’est surtout de ça dont j’ai besoin pour me rassurer un peu… de me dire que si je contracte ce virus, je ne suis pas condamnée à mort.

Je suis si déprimée, j’ai besoin d’une écoute, mais au téléphone je me retrouve incapable de parler, je suis immédiatement prise de sanglots, de crises de larmes… même mes distractions habituelles n’ont même plus de saveur. C’est difficile de vider son sac quand on est à peine capable de parler… tout est si anxiogène et la coupe est pleine.

Mais en même temps, sans témoignages, difficile de me rassurer. Comment savoir si je ne suis pas condamnée à mort quand personne ne peut dire si des personnes dans mon cas s’en sont sorties ?

La personne que j’ai eue au bout du fil à la ligne C m’a dit que j’étais tout à fait légitime de demander à être testée, mais mon médecin m’a dit qu’il n’y avait pas assez de tests pour le faire. D’autant plus que je peux être contaminée par le soignant venant me faire le test… Elle m’a dit que je pouvais tout à fait appeler le 15 si je pensais avoir des symptômes, qu’il valait mieux les appeler pour rien que prendre des risques et angoisser seule à la maison. Mais je n’ose pas appeler le 15, car je suis loin des symptômes gravissimes décrits dans les médias. Mon médecin a peut-être raison, et mes douleurs sont dues à une allergie au pollen -bien que je n’ai jamais fait preuve de sensibilité au pollen- ou au stress.

Je pourrais prendre ce foutu Xanax pour aller mieux, même provisoirement. Le médecin m’a prescrit le dosage le plus bas pour le moment, et j’imagine qu’il va me dire que si je ne le prends pas je cherche un peu la merde avec mon stress. Mais être déprimée, pleurer, c’est un peu la preuve que je suis toujours en vie, non ?

Hélia, mon bébé chat, tu me manques si fort. Je n’arrive pas à me débarrasser de la culpabilité de t’avoir laissée mourir seule chez le vétérinaire. Même si c’était un accident, qu’une embolie pulmonaire n’était pas prévisible, j’aurais dû être là, j’aurais dû recueillir ton dernier souffle. Tu as toujours été là pour moi et moi je t’ai failli. Je ne pourrai jamais me pardonner ça. Jamais. Je t’aimais tellement… le vide que tu laisses est atroce. Tu étais un chat exceptionnel, tant au niveau du caractère que de l’intelligence. Tu étais bien plus qu’un chat, tu étais ma fille. Et aucun parent ne devrait avoir à supporter la perte de son enfant…

J’ai mal, j’ai mal, j’ai mal.

J’ai peur, j’en ai assez.

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Comme si l’actualité anxiogène ne suffisait pas, de mon côté ça ne va vraiment pas non plus.

Des ennuis avec Pôle Emploi à n’en plus finir, mon petit chat d’amour qui rejoint les étoiles… et maintenant ma mère qui se retrouve en réanimation, atteinte du coronavirus, et mon homme, obligé de continuer à travailler, qui se retrouve avec des symptômes légers. Et évidemment, le fait d’avoir perdu mon travail sans garantie de le retrouver après n’arrange rien.

Je sature tellement mentalement que je ne sais plus quoi faire. Je m’abrutis de jeux vidéos et de livres pour ne plus réfléchir mais ça ne suffit pas.

Je suis si angoissée que je mange à peine, ce qui évidemment entraîne nausées et mal-être à cause de la faim, et du coup ça me fait somatiser, je me vois déjà atteinte du virus et morte étouffée à l’hôpital.

Les symptômes de mon homme sont très légers, et peuvent être attribués à autre chose. On oublie qu’il existe d’autres maladies que le coronavirus, et mon homme est un habitué des rhino-pharyngites à chaque changement de saison. Pour le moment, ses seuls symptômes sont une gorge très irritée et un encombrement inhabituel. Il n’a pas de fièvre ni de toux. Il a aussi une étrange réaction cutanée, mais elle pourrait aussi être due au gel hydroalcoolique vu qu’avec son boulot il est obligé de s’en tartiner sans arrêt.

De mon côté, c’est compliqué de faire la part des choses entre les symptômes courants de ma maladie (pour ceux qui ne me connaissent pas, j’ai une mutation de la mucoviscidose), proches de ceux du coronavirus, ceux dus au stress et ceux dus à une probable somatisation due au stress. Après, je me dis aussi que vu mon état général je m’apercevrai vite s’il y a une différence. J’ai une sensation de gêne permanente au niveau des poumons mais je sais que c’est le stress…

Je suis complètement perdue, j’ai peur d’attraper cette merde. Non pas que j’ai peur de mourir, car pas vraiment, mais l’idée de mourir étouffée, avec la panique de ne pas pouvoir respirer sans assistance, la peur d’être débranchée au profit de quelqu’un de plus sain… je n’ai pas envie de finir comme ça. Sans avoir fait quoi que ce soit de mon existence.

Je pense que si je m’en sors, après toute cette merde, je vais avoir besoin d’un psy tant les dégâts sont importants. Je n’en peux plus… je n’ai jamais été aussi stressée, déprimée, angoissée. Il faut dire que mon anti-stress c’était Hélia et ses câlins… et elle n’est plus là.

J’ai l’impression que tout s’écroule autour de moi. C’est horrible.

Comme une parenthèse hors du temps

J’ai l’impression d’être anesthésiée. J’ai pleuré, pleuré la perte de mon amour de chat pendant des jours, jusqu’à avoir une migraine permanente et l’estomac dans les talons tant je ne mangeais rien.

Et puis là, je ne sais pas, je suis comme anesthésiée. Je fais régulièrement des rechutes à coups de crises de larmes qui arrivent sans prévenir, mais dans l’ensemble, j’ai l’impression d’être dans une bulle.

Nous sommes dans une période étrange, confinés chez nous pour la plupart, avec cette peur au ventre dès que l’on doit sortir se ravitailler. Moi j’ai la crainte permanente que mon homme finisse par me ramener le virus, car il est obligé d’être à son poste, en tant que responsable alimentaire dans la grande distribution. On prend nos précautions, mais parfois les précautions ne suffisent pas.

J’ai dû arrêter de travailler et donc non seulement la signature de mon CDI m’est passée sous le nez, mais aussi le poste de responsable administrative que je convoitais. L’entreprise ne peut pas attendre la fin du confinement pour avoir une nouvelle responsable, donc c’est ma collègue qui rafle la mise. Moins mature, moins qualifiée, mais mieux que rien pour l’entreprise, j’imagine.

Alors que je devais être agent de maîtrise début avril, là c’est au chômage que je suis, puisque mon CDD s’est terminé le 31 mars et que du coup, forcément, je ne suis pas renouvelée, c’est entre parenthèses, ça aussi. Et je n’ai plus de salaire.

2020 est une putain d’année noire. Des emmerdes avec Pôle Emploi qui n’en finissent pas, des emmerdes avec la CAF, mon amour de chat qui part rejoindre les étoiles, et je perds mon travail. Si ça continue comme ça je vais me foutre en l’air avant les grandes vacances.

Devant cette série noire, mon cerveau s’est comme mis en pause. J’ai l’impression de m’être droguée au Xanax tant je ne ressens plus rien. J’ai la sensation d’être dans une bulle hors du temps, et que quand cette histoire de confinement sera terminée, alors tout redeviendra comme avant.

Sauf qu’Hélia ne reviendra jamais, qu’il n’est pas garanti que je retrouve mon poste, et que les administrations n’ont pas fini de m’emmerder. Quand l’anesthésie de mes émotions se dissipe un peu, je réalise tout ça et je me mets de nouveau à pleurer, à avoir des idées noires, c’est un cycle sans fin entre déni de la réalité et admission que cette série noire est bien réelle et ne fait probablement que commencer.

Je n’arrive pas à faire face, c’est trop à endurer. J’ai la sensation d’avoir perdu ce qui comptait le plus. Je touchais la stabilité professionnelle du bout du doigt, j’avais enfin trouvé un vétérinaire compétent… et puis non, hop, l’Univers se charge de tout me reprendre. Comme si aux commandes il y avait un Dieu sadique qui voulait me pousser à bout.

Cette sensation d’avoir tout perdu, cette culpabilité qui m’écrase vis à vis d’Hélia, le fait de rejouer sans arrêt ses dernières semaines dans ma tête pour mettre le doigt sur ce qui aurait dû m’alerter… et culpabiliser encore plus. J’en ai assez, ça me bouffe. Je veux que ça s’arrête.

Elle ne rentrera plus jamais

Dernière photo d'Hélia

Cela fait deux jours et je n’arrive toujours pas à réaliser. Mon magnifique bébé, mon Hélia, a rendu l’âme chez le vétérinaire le mercredi 25 mars entre 11h43 et 12h12.

Je ne sais même pas comment on a pu en arriver là… nous l’avions déposée le mardi, à la base pour sa deuxième séance de chimiothérapie, mais comme elle avait mal réagi à la première, le vétérinaire nous avait proposé de la réhydrater et la réalimenter la journée de mardi, puis de pratiquer une biopsie le mercredi matin, afin de savoir ce qu’elle avait exactement, car les analyses de ses ganglions n’avaient rien montré d’exploitable. Ensuite on la récupérait l’après-midi.

Mais c’est son corps que nous avons été voir le mercredi après-midi. Le vétérinaire nous a expliqué qu’elle s’était réveillée normalement après l’opération, puis que brusquement, son état s’est dégradé. Elle a convulsé quelques instants puis s’est éteinte. Ce fut trop rapide pour que le vétérinaire nous prévienne afin que l’on puisse recueillir son dernier souffle. Elle aurait fait une embolie pulmonaire.

J’ai prévenu mon homme, qui était au travail, il est rentré immédiatement. Comme le cabinet vétérinaire fermait entre midi et deux, on a passé toute l’attente à pleurer comme jamais, sans comprendre ce qui avait pu se produire, comment on était passés de l’idée de la récupérer convalescente à ça. On a juste pas eu le temps de comprendre.

La photo que vous voyez en haut de l’article, c’est la dernière que j’ai prise d’elle. Elle date de lundi, Hélia avait eu un regain d’énergie après une semaine très difficile, s’était remise à manger et avait même été faire son petit raton-laveur dans mon cheesecake. Au moins un regret que je n’aurai pas : je l’ai laissée en lécher une bonne partie.

Et le plaid beige que vous pouvez voir sur la photo…c’est celui que j’ai apporté au vétérinaire pour envelopper son petit corps. C’était son favori… j’ai amené son plaid et son jouet préféré pour qu’elle comprenne qu’on ne l’avait pas abandonnée.

Je ressens une culpabilité immense, j’ai la sensation de l’avoir emmenée à l’abattoir. Parce que je le sentais… quand on l’a laissée, je sentais que c’était la fin. Je ne pensais pas que ce serait si brutal, mais je sentais qu’il ne lui restait que quelques semaines au maximum. Je n’ai pas assez profité de sa présence, je ne l’ai pas assez choyée, alors que je savais, que je le sentais. Je n’aurais pas dû la faire opérer… même si elle était condamnée, car on ne s’attendait pas à une embolie pulmonaire et ça ne pardonne pas. Je le sais car j’en ai fait une il y a quelques années et j’ai été sauvée de justesse. Je me souviens aussi de la douleur et je ne peux pas m’empêcher de me dire que ma pauvre Hélia devait souffrir depuis un certain temps déjà. Mais elle s’est accrochée. Elle nous aimait autant que nous l’aimions. Elle a tenu si longtemps, sans traitement adapté à ce qu’elle avait.

Le fait de savoir qu’elle a souffert entourée d’inconnus sans les gens qu’elle aimait me tue, me bouffe. Je me sens coupable, tellement…

Les analyses de la biopsie seront envoyées quand même, à titre gracieux. Cela ne change rien à la finalité, mais on saura, exactement. On saura ce contre quoi Hélia s’est battue pendant plus de deux ans. Le vétérinaire nous a dit que lorsqu’il l’a opérée, ses organes étaient visiblement usés, son estomac caoutchouteux… elle était vers la fin. Elle était fatiguée. Il soupçonne un cancer et non une pancréatite. Ce qui voudrait dire qu’Hélia s’est battue sans traitement pendant plus de deux ans contre un cancer du pancréas… elle était si forte, si courageuse. Le cancer du pancréas ne pardonne pas. Hélia avait tant perdu en vitalité : elle maigrissait, ne jouait plus, mangeait moins. Mais elle était toujours aussi demandeuse d’amour, de câlins, de proximité. Et on lui donnait volontiers.

Je ne peux pas m’empêcher de me dire que si notre premier vétérinaire avait pratiqué cette biopsie au tout début… on aurait su immédiatement et on aurait pu lui donner un traitement qui aurait allégé sa souffrance. Au lieu de ça cette pauvre puce s’est faite trimbaler de vétérinaire en vétérinaire, et à chaque fois ils se contentaient de nous dire « les reins vont bien tout va bien » sans chercher à aller plus loin. L’avant-dernier, qui a diagnostiqué la pancréatite, n’a pas cherché à creuser lorsque son traitement prescrit n’a pas marché : il a préféré péter un câble car je refusais d’acheter ses croquettes à la con. Si seulement nous avions déménagé plus tôt… si seulement on avait connu notre vétérinaire actuel dès le début… Hélia aurait pu avoir une fin plus douce.

Je ressens un tel poids… une part de moi me dit que j’aurais dû en faire plus, que j’aurais dû essayer plus de vétérinaires, que mon orgueil mal placé nous a amenés là, car je ne voulais plus voir de vétérinaires, dégoûtée que j’étais de voir ces professionnels refuser littéralement de prendre en charge mon chat. De faire de véritables examens et non une pauvre prise de sang pour vérifier les reins et non les autres organes. Me dire qu’il était normal qu’un chat vomisse plus de 10 fois par jour, jusqu’au sang. A chaque fois on repartait délestés d’une centaine d’euros pour rien.

Je n’ai jamais autant pleuré la perte de quelqu’un, humain ou animal… depuis deux jours j’ai cette impression d’être amputée d’une partie de moi, j’ai cette culpabilité qui me ronge comme de l’acide, et j’ai la vision du corps de mon Hélia, de mon bébé, sans vie, avec sa petite langue qui sortait, dont la couleur n’était même pas normale, c’était plus violet que rose…

Ces deux dernières années, je me suis oubliée pour vivre au rythme de sa maladie : je ne dormais que d’un œil pour pouvoir entendre ses crises de vomissements et aller l’aider. Je la surveillais tout le temps, au niveau de son comportement, de sa respiration, pour savoir quand elle allait vomir et la soutenir. Et ces derniers mois, je ne pouvais pas m’empêcher de pleurer lors de ses crises, car je savais que c’était la fin, je la sentais de plus en plus épuisée, je voyais qu’elle avait plus de mal à se remettre, que ça n’allait pas. Et elle, elle sentait ma détresse vis à vis de ça, et collait mon homme pour éviter mon stress. Les chats sont des éponges et moi je n’ai rien trouvé de mieux à faire que la stresser encore plus alors qu’elle était sûrement la première au courant de sa situation…

J’ai l’impression de devoir réapprendre à vivre pour moi, pour mon couple. Hélia était un ciment dans notre vie, une des fondations de ce qui a fait mon couple, ma vie. Elle était une des raisons pour laquelle mon homme s’accrochait dans son travail qu’il déteste, pour pouvoir lui offrir une belle vie, de la bonne nourriture, des jouets et des plaids à foison. Et ensuite, pour pouvoir payer ses soins, qui nous ont coûté extrêmement cher pour rien.

Je ressens un vide tellement immense, sans mon bébé pour me réveiller le matin, indignée de ne pas être servie sur le champ. Sans ma princesse dormant sur mes genoux, ou au pied du lit, avec ses ronflements à effrayer les éléphants. Sans la voir profiter des rayons de soleil, étalée par terre, le poil tout chaud. Sans devoir surveiller mon assiette quand je mange car elle avait pris l’habitude de venir se servir alors qu’elle ne manquait de rien. Sans ses miaulements si puissants, qu’elle lançait toujours au bon moment pour nous faire rire, comme si elle comprenait nos conversations et participait…

Le confinement n’aide pas et rajoute du grain à moudre à cette sensation de solitude. Mon homme n’a pas pu obtenir d’arrêt malgré ma santé fragile et le risque de me contaminer, ce qui fait que je suis seule à la maison lorsqu’il n’est pas là. Et moi j’ai perdu l’habitude d’être seule, ayant toujours mon chat avec moi. La situation amplifie son absence, et ironiquement, cette absence emplit l’air, se ressent dans chaque pore de ma peau. J’ai vu son corps et pourtant une part de moi ne peut s’empêcher de se dire que ce n’est pas possible, qu’elle reviendra. C’était trop brutal, trop soudain, trop tôt. Hélia n’avait que 11 ans. C’est encore jeune pour un chat, malgré ce que peuvent dire les assurances.

Le destin l’avait mise sur mon chemin, pourquoi me la reprendre comme ça ? Si tôt ? De cette façon si cruelle ? Est-ce pour me faire comprendre que ma vie n’est pas assez pourrie, qu’on peut faire encore pire ? Il paraît qu’une épreuve n’arrive jamais sans raison, mais pourquoi s’en prendre à elle ? Elle était innocente et n’avait rien à voir avec mes erreurs, ou même celles de mon homme.

Hélia était aimée, profondément aimée, plus que tout au monde. Je sacrifierais l’humanité entière pour pouvoir retourner en arrière, pour pouvoir recueillir son dernier souffle, pour pouvoir insister auprès de ces charlatans qui se disent vétérinaires et continuent d’exercer aujourd’hui alors qu’ils refusaient de la soigner, de la tester.

Hélia laisse un héritage, je ferai un autre article complet sur son parcours de soins, afin que si un jour des gens vont sur Google pour y taper les symptômes de leur chat, ils puissent lire son histoire et harceler leur vétérinaire pour qu’il fasse le nécessaire. Si l’histoire d’Hélia peut en aider d’autres, alors soit. Je ne laisserai pas sa mort impunie. Viendra le temps de la vengeance, les vétérinaires concernés ne s’en sortiront pas comme ça. Ils ont refusé de faire leur travail et ça lui a coûté non seulement la vie, mais aussi le confort de vie. Je ne peux pas pardonner ça.

Dernière photo de Jeremy

Celle là c’est la dernière photo de mon homme, prise aussi le lundi, alors qu’Hélia profitait du soleil et de la chaleur de la loggia, étalée comme un petit phoque sur un beebar.

C’était mon bébé, mon enfant, ma fille. Je ne laisserai jamais personne dire que je ne dois pas être effondrée car ce n’était « qu’un chat ». Elle portait son nom à merveille et était mon soleil. Notre soleil. Elle illuminait nos vies, nous faisait rire, sourire, nous donnait plus d’amour que n’importe quel être humain. Elle était cette perfection que tant de monde cherche à atteindre.

Je t’aime mon petit amour. Pour toujours. J’espère que tu reposes en paix, que tu ne souffres plus et que tu ne nous en veux pas de ne pas avoir été là à la fin. Si la réincarnation existe, je t’en supplie, reviens nous. Il y aura toujours une place pour toi. Et nous ne referons pas les mêmes erreurs. Nous t’aimons. Puisse-tu illuminer le paradis comme tu as illuminé nos vies.