L’Interdépendance, tome 1 : l’Effondrement de l’Empire – John Scalzi

J’ai pris un retard fou dans mes chroniques de l’année, et encore, je ne compte pas parler de tout ce que j’ai pu lire, mais ce roman là mérite réellement qu’on se penche dessus, car c’est une sacrée pépite de science-fiction avec des personnages hauts en couleurs et sacrément bien travaillés.

L'effondrement de l'empire

Synopsis : 

L’Interdépendance : un empire de quarante-huit systèmes stellaires presque tous inhospitaliers, où l’humanité s’est implantée et dont la survie repose sur une étroite collaboration. L’Interdépendance : un millénaire de règne des grandes familles marchandes, dont la première occupe le trône de l’emperox. L’Interdépendance : le réseau des courants du Flux, seul moyen de voyager plus vite que la lumière, unique lien des mondes de l’empire entre eux. Le Flux est éternel mais il n’est pas statique. S’il se déplaçait, réduisant les colonies à l’isolement, l’humanité serait au bord du gouffre. Un jeune scientifique, une commandante de vaisseau spatial et la toute nouvelle emperox devront affronter la catastrophe annoncée. « L’Interdépendance » : le nouveau space opera de John Scalzi, dont L’Effondrement de l’empire est le premier livre. Il a reçu en 2018 le prix Locus de meilleur roman de science-fiction et a été finaliste du prix Hugo.

Mon avis :

Une chose est sûre, l’humanité n’a pas franchement fait preuve de beaucoup de bon sens lorsqu’elle a colonisé ses 48 systèmes stellaires consécutifs : un seul est plus ou moins hospitalier et permettrait la survie en cas d’effondrement.

Si l’Interdépendance est encore debout et a permis l’expansion de l’humanité, c’est en raison d’une étroite collaboration entre ses colonies. On pourrait penser que cela aurait créé une sorte de solidarité, mais même pas : tout est bon pour s’enrichir voir prendre le pouvoir. Ça va, on est bien parmi les humains, on est pas dépaysés sur ce point.

Cependant, l’élément essentiel à la collaboration entre les colonies, à savoir le Flux… est en train de disparaître. C’est littéralement la catastrophe, la fin du monde, et en plus, c’est plus rapide que prévu. Et à la tête de cet empire gigantesque mais fragile se trouve une toute nouvelle emperox qui n’a pas du tout été formée pour le poste et qui a déjà des ennemis.

Bref, on est pas sortis de l’auberge.

Dès le début, on est projetés dans le feu de l’action, et le rythme ne faiblit pas. L’Effondrement de l’Empire est un tome court, mais intense. Dense en informations sur l’univers mais aussi en données scientifiques et en actions dont les conséquences ne pardonnent pas.

Parmi les personnages principaux, nous avons trois femmes qui ne lâchent pas le morceau, chacune à leur manière : la jeune emperox qui n’a pas envie d’être une poupée manipulable, la capitaine Lady Kiva qui envoie du lourd et Nadashe, de la maison Nohamapetan, qui mettrait bien son derrière sur le trône. Et au milieu de tout ça, un jeune scientifique qui essaie d’avertir l’Emperox, un peuple qui ne sait pas ce qui l’attend, et une tension tout du long du roman qui nous tient en haleine.

Ce tome est TROP COURT. Génial. Mais court.

Un mensonge de famille

/!\ Suicide, Attentats

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Dans nos familles, on a souvent quelqu’un qui aime afficher sa réussite et qui est tout dans l’apparence. La belle famille, la belle maison, le beau chien, les beaux emplois bien rangés… une de mes tantes est comme ça. Dans le genre poussé à l’extrême. Elle a toujours tenu à faire le lien entre les membres de sa fratrie juste pour pouvoir inviter tout le monde dans sa belle et grande maison pour un beau et luxueux repas.

C’est une personne que je n’ai jamais appréciée. Et pour cause, quand j’étais enfant et que ma maladie respiratoire a été diagnostiquée, elle m’envoyait sa fumée de clope au visage en disant que ce n’était rien. Pour elle, les maladies invisibles n’existaient pas. Et elle me manifestait une hostilité grandissante au fil des années car je réussissais mieux que ses filles à l’école.

A ma majorité, j’ai immédiatement posé mon veto pour les réunions de famille, refusant d’y venir. Si certains se complaisent dans l’hypocrisie à vouloir se réunir sans s’apprécier, ce n’est pas mon cas. Ma tante en a profité pour me faire passer pour la vilaine méchante, au point de me faire péter une durite. Ainsi, devant tout le monde, je lui ai prophétisé de manière bien dramatique qu’à force de se comporter comme une grosse connasse égocentrique comme elle le faisait, le karma se chargerait de lui revenir dans la gueule comme un boomerang et elle perdrait ce qu’elle a de plus cher. Elle en a rigolé et je suis passée pour une folle.

Et puis quelques années plus tard, elle a perdu sa première fille. Happée par les attentats du 13 novembre 2015. Du moins, c’est ce qu’elle nous a dit. Je me souviens encore que le lendemain, elle avait envoyé ma mère me demander de l’aider à faire des démarches ou à prendre des nouvelles de sa fille, avant de se raviser. Il est vrai que sa fille était sur Paris. Je ne pensais pas qu’elle était capable de mentir sur un sujet aussi grave juste pour être le centre de l’attention familiale et pourtant, si. Car si ma cousine est bien décédée le 13 novembre, c’est en réalité d’un suicide. Elle était bipolaire et comme à son habitude, ma tante ne croyant pas aux maladies invisibles, elle l’a laissée sans soutien et sans ressources, ayant honte d’une fille incapable de s’insérer dans sa bonne petite société d’apparences. Et on ne l’a appris que récemment. Le pire étant que ma tante a été le fer de lance d’une grande haine anti-musulmans dans la famille à cause de ça… sans même une justification. De la haine gratuite pour briller dans la famille, petite étoile au centre de tout le monde.

Pour être franche avec vous, j’avais quelques doutes, notamment car ma cousine ne figurait dans aucune nécrologie des attentats ni aucun article-hommage. J’en avais parlé à ma mère, qui m’avait répondu que c’était car ma tante ne voulait pas voir sa fille affichée en ligne. Ma tante qui aime avoir toute l’attention possible, refuser la médiatisation ? Et dire que je l’ai entendue se plaindre du fond de garantie pendant des années alors qu’elle n’avait jamais fait de démarche. Elle ne se rapprochait pas d’associations non plus, ce qui était étrange pour quelqu’un qui aime paraître et se faire plaindre. Mais encore une fois, je ne pensais pas que son indécence pouvait aller jusque là.

Et dans tout ça, il y avait son mari et son autre fille, devant garder un secret aussi lourd, devant partager la folie de la mère. Parce qu’à ce stade, c’est surtout de la malveillance et de la folie. Sans parler du manque de respect envers leur fille décédée et envers les véritables victimes. Avoir tellement honte au point d’inventer une histoire pour masquer son suicide…

Pendant ce temps, sa deuxième fille a commencé à manifester des signes de troubles mentaux. Pourtant avant toute cette affaire, elle n’avait rien. Elle a fait de bonnes études, fondé une famille et adopté le chien de feue sa sœur, le schéma de la famille parfaite selon sa mère, qui pouvait se targuer d’avoir au moins un enfant qui a réussi. Ses troubles ont commencé à devenir si violents qu’elle a dû arrêter d’exercer son métier avant même d’avoir fini de rembourser son prêt. Je ne connais pas les détails, mais j’ai cru comprendre que ma tante, au lieu de la soutenir et de l’aider, a commencé à lui mettre la pression pour qu’elle rentre de nouveau dans le moule. Sauf qu’elle n’y est pas parvenue et s’est également suicidée. C’est ainsi que nous avons appris toute l’affaire, son mari ayant décidé de venger sa femme en balançant toute l’histoire pour afficher ma tante telle qu’elle est réellement.

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Une sombre ordure qui n’a pas hésité à sacrifier sa famille pour briller aux yeux de personnes qu’elle méprisait. Si j’osais je dirais que je suis contente que ma pseudo-prophétie se soit réalisée. Mais d’un autre côté, malgré la perte de ses enfants, ma tante continue de se comporter en ordure. Elle a été jusqu’à mettre ma mère en danger -ma mère a eu un accident par sa faute- juste parce qu’elle avait refusé un service de manière totalement justifiée.

Je me demande jusqu’où le karma peut aller pour lui faire comprendre qu’elle suit la mauvaise voie.

Ce qui ne tue pas, d’Emilie Turgeon

/!\ Suicide 

C’est un livre très délicat dont je vais parler aujourd’hui, que j’ai reçu dans le cadre de la dernière Masse Critique de Babelio.  J’avais sélectionné ce livre via une multitude d’autres et il s’est révélé étonnamment raccord avec une nouvelle apprise récemment, comme un petit poke du destin.

ce qui ne tue pas

Synopsis : 

Lili, Frankie et Liz avaient le plan parfait : mourir tous ensemble, sans que les gens croient à un suicide. C’est du moins ce qu’ils pensaient. Mais ça ne s’est passé comme prévu… Lili, elle, a survécu. Après un long coma, elle se réveille à l’hôpital, où tout le monde crie au miracle. Mais pour l’adolescente, c’est un désastre. Elle n’est pas morte comme elle le voulait ! Et ses meilleurs amis sont partis, la laissant seule pour endurer cette vie qu’elle désirait tellement fuir. Pas facile de se battre pour recommencer à marcher quand ton seul souhait est d’en finir… Lentement, Lili prend toutefois conscience que son geste a eu de graves répercussions sur les membres de sa famille. Méritaient-ils tous la peine qu’elle leur a fait endurer ? D’ailleurs, ses raisons de vouloir mourir étaient-elles valables ? Au-delà du rétablissement de son corps brisé, la jeune femme devra entreprendre une guérison beaucoup plus difficile. Celle de son esprit.

Mon avis : 

Déjà, première chose à savoir, c’est un livre québécois, donc il se peut que certaines tournures de phrases vous sautent aux yeux, mais ce ne sont ni des fautes ni des maladresses d’écriture, c’est juste que ça surprend.

Ensuite, je dirais que c’est un livre plutôt cru. La narratrice parle de mort et de suicide particulièrement librement et sans filtre, surtout au début du roman. C’est quelque chose qui risque de faire excessivement réagir les personnes les plus sensibles.

Enfin, c’est une histoire qui fait remuer les entrailles. L’adolescence et ses périodes d’émotions décuplées qui conduisent à des dépressions particulièrement profondes, pendant lesquelles chaque parole compte et où on a pas toujours le soutien nécessaire.

C’est un roman qui montre la reconstruction après un suicide raté, même si à mes yeux le cadre de vie de Lili est assez idéalisé. Si elle n’a pas une famille richissime, elle est tout de même loin d’être dans le besoin, et qui plus est, elle a des proches qui la soutiennent beaucoup, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. C’est sûr qu’il est plus facile de se remettre de ses émotions lorsqu’on ne manque de rien ni de personne (je crois que mon amertume parle un peu), même si ça ne fait pas tout.

On assiste à l’évolution lente de Lili, et à ses flashbacks qui nous montrent ce qui l’a conduite, ainsi que ses amis, à en arriver à une telle extrémité. Tant de noirceur est assez difficile à lire par moments, et la manière dont Lili se comporte n’est pas sans rappeler ces adolescents odieux et irrespectueux particulièrement insupportables.

Et si Lili avait ses raisons de se sentir mal et de péter des câbles, je trouve que le roman a un petit côté culpabilisant envers les parents, surtout ceux qui ne font parfois pas attention aux différences de traitement qu’ils font entre leurs enfants. C’est humain de parfois faire des préférences ou d’afficher sa fierté quant au devenir de l’un d’entre eux. Evidemment, oui, il faut faire attention à ne pas rendre la chose injuste, mais pas besoin non plus de culpabiliser les gens à ce point.

A voir cependant si ce genre de lecture a un effet sur un adolescent en mal-être. Avec le recul d’un adulte, on peut comprendre l’impact qu’a un suicide sur ses proches ; mais avec une dépression boostée par les hormones de l’adolescence, peut-on réaliser complètement ?

L’art de perdre son temps : le salon pour les handis

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Ayant décidé de ne pas rester sur un échec après un premier salon, qui lui était pour tout le monde, je me suis décidée à me bouger pour un deuxième, cette fois consacré entièrement aux personnes handicapées. Le concept était de se retrouver entre candidats et recruteurs autour d’un buffet. Pourquoi pas.

C’est Pôle Emploi qui m’a envoyé mon invitation, j’ai soigneusement noté l’heure pour arriver dans les premiers. Mais évidemment, il fallait du fail dans ma vie, sinon ce n’est pas marrant !

Déjà, en arrivant sur place, je trouve un bâtiment totalement vide. Lumières éteintes, rien à l’intérieur. J’avais 5 minutes d’avance (mon sens de l’orientation est pitoyable même avec un GPS), c’était trop peu pour se dire que la salle n’était pas encore préparée. Je dégaine mon téléphone pour vérifier mon mail au cas ou je m’étais trompée d’adresse, sans trop y croire (je vérifie quand même avant de partir), mais non, c’est bien le bon endroit.

Je ne comprends pas et comme je capte mal, je demande à mon homme, resté à la maison, de me faire une recherche internet pour vérifier. Il cherche sur le site de Pôle Emploi, trouve la même adresse que moi. Super. Du coup, pris d’un éclair de génie, il va vérifier le site du deuxième organisateur, et une deuxième adresse apparaît, youpi ! Je ne suis plus du tout en avance et la deuxième adresse est à 800m, ça va encore, je continue ma route.

Et bien sûr, une fois arrivée, je vois une masse de monde à l’intérieur, et une cohorte de fumeurs à l’entrée qui se sent obligée de faire profiter les autres de leur fumée. C’est bien, c’est un salon pour les personnes handicapées et pour y accéder tu dois traverser un nuage de fumée de clope, ça commence bien.

En plus de ça, j’entends un des fumeurs, appelons le Dédé le Thug, clamer à tout va que comme les handicapées « profitent » avec leur allocation revalorisée, eh bien lui aussi il va profiter des entretiens avec les recruteurs.

Super, c’est un salon pour les personnes handicapées, y’a des valides qui squattent.

J’entre, déjà bien fatiguée par mon trajet effectué à pied, et m’aperçois qu’il y a bien 50 personnes devant moi au niveau du stand à l’entrée. Et rien, aucune chaise pour s’asseoir. Pourtant, la station debout pénible est quelque chose de très répandu… je vois des chaises à l’intérieur de la salle et je m’y dirige en me disant que je ferai le stand de l’entrée plus tard. Mais un vigile m’arrête immédiatement. Je ne peux pas entrer dans la salle si je n’ai pas la « feuille de route » distribuée au stand de l’entrée.

Je lui explique mon souci et mon besoin de m’asseoir, mais non, pas d’entrée sans la feuille de route. Génial. Je regarde la description de la feuille en question, c’est juste une pauvre fiche pour noter à quels recruteurs on a parlé pendant l’événement. Genre j’ai besoin d’une feuille pour savoir à qui j’ai parlé…

J’essaie de prendre ma place dans la queue mais mes muscles me font de plus en plus mal alors tant pis, je vais m’asseoir sur le rebord d’une fenêtre, le temps que ça se calme. Et voilà que le vigile revient me casser les ovaires, pas le droit de m’asseoir sur le rebord de la fenêtre. Je le fusille du regard, lui répète mon problème, il me redemande de me lever en me parlant comme si j’étais profondément demeurée. N’ayant aucune patience, la moutarde commence à me monter au nez, mais genre sévèrement. On est à un salon pour PERSONNES HANDICAPÉES et il n’y a ni chaises ni toilettes à disposition, tout est à l’intérieur d’une salle dont on nous interdit l’accès !

Un autre homme, visiblement du personnel du salon si je me fie à son blouson vient nous voir pour demander quel est le problème. Je réexplique le souci en incendiant le vigile au passage, et il va me chercher une chaise à l’intérieur. Et il la pose à l’extrémité de l’entrée, où je ne peux rien voir. Je m’assois mais… du coup je fais quoi pour la queue ? Il n’y a pas de numéro, tous les nouveaux arrivants peuvent me passer devant et je ne rentrerai jamais ? « Oui, mais au moins vous êtes assise » me répond l’homme. « Vous ferez la queue plus tard ».

Attendez, il ne se foutrait pas un peu de ma gueule par le plus grand des hasards ? Genre je me suis ramenée à un salon pour m’asseoir et regarder les gens défiler à l’intérieur ? Les dents serrées, je lui demande si ce ne serait pas plus pertinent de me donner cette foutue feuille dont je n’ai pas besoin pour pouvoir entrer et aller voir les recruteurs ? Il me dit qu’il n’y a pas de priorité vu que presque tout le monde a la carte et que si je veux la feuille… je fais la queue comme tout le monde.

En résumé je ne suis pas prête d’entrer vu la vitesse à laquelle ces feuilles sont distribuées.

Je suis dans un salon pour les personnes handicapées, il n’y a rien pour pourvoir aux soucis les plus basiques, on se fout de ma gueule, et en plus je ne peux même pas entrer car je ne tiendrai jamais debout assez longtemps pour faire la queue avec tout ce monde.

Je jette un coup d’œil à l’intérieur et voit que les stands sont blindés, mais d’un autre côté, je n’ai pas envie d’avoir fait le chemin pour rien. Alors je prends ma chaise et je vais faire la queue avec. Quitte à ce qu’on se foute de ma gueule…

Sauf que je vois déjà le vigile me repérer et le gars du salon se précipite vers moi pour me dire que je ne peux pas faire ça, la chaise prend de la place, ça dérange les gens. Les gens en question disent eux-mêmes que ça ne les dérange pas si j’en ai besoin mais le gars n’en démord pas, je ne peux pas faire la queue avec ma chaise.

Et moi, je me dis que j’ai encore mis les pieds dans un pseudo-événement pour les personnes handicapées conçu par des gens qui n’en ont rien à foutre mais veulent juste gratter des subventions. J’ai soupiré, j’ai tendu la chaise au gars et je suis partie. Il a quand même eu le culot de balancer « Tout ça pour partir ! ».

Heureusement, j’ai pu prendre une navette pour rentrer sans encombres. Mais une chose est sûre, les salons ont beau être moins loin ici qu’à Paris, je vais faire la même chose et les fuir. C’est inadapté et inutile.

Ne plus porter de soutien-gorge, la fausse bonne idée ?

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Porter un soutien-gorge n’a jamais été ma came. Malheureusement, j’ai dû m’y mettre assez tôt car ma poitrine était précoce. Et même si j’étais encore gamine, ma mère n’envisageait juste pas de me laisser me balader avec mes abricots au gré du vent : déjà que j’étais victime de harcèlement scolaire, alors si en plus on ajoutait l’aspect boobs à des mâles aux hormones en furie, ce n’était même pas la peine. Surtout que je subissais aussi la jalousie des pétasses du collège qui ne supportaient pas que je sois plus précoce qu’elles alors que j’avais un an de moins.

Et puis bon déjà que les hommes ne savent pas se retenir à l’âge adulte, imaginez des ados et pré-ados. Bref, c’était soutif obligatoire.

Et j’ai tout de suite trouvé ça hyper désagréable. Et que ça serre au niveau des poumons (très sympa pour une fille qui a des soucis respiratoires) même avec une taille au dessus, et que les baleines viennent te transpercer le sein, et que ça te retienne la transpiration… en plus ça gratte.

Quand je rentrais chez moi, j’enlevais le soutien-gorge avant même le manteau, pour vous donner une idée.

Plus tard, lorsqu’on m’a enfin laissée choisir mes propres sous-vêtements, j’ai commencé à porter des soutien-gorge sans armatures. Au moins, je n’avais plus le souci des baleines qui meurtrissent les seins. Mais mon problème de poumons serrés était toujours là. Pourtant j’en avais essayé des tailles, et désespéré des vendeuses qui ne comprenaient pas ce que je voulais. « Non mais un soutien-gorge c’est pas fait pour être confortable, mademoiselle, c’est normal d’être mal à l’aise ». Mais comment peut-on normaliser un accessoire qui rend aussi mal ?

J’ai essayé de ne plus porter de soutif, mais mon mec de l’époque m’a tellement fait comprendre que pour lui c’était « faire son allumeuse, sa pute » que j’ai laissé tomber. Et je n’ai pas osé retenter l’expérience avec mon nouveau mec, ne voulant pas me prendre de réflexions. Mais c’est finalement de lui qu’est venue l’initiative : « Mais ça se voit que t’as du mal à respirer avec alors pourquoi t’en mets ? ».

Bah oui, pourquoi ?

Du jour au lendemain, les soutien-gorge ont fini au placard. Et au début, ça m’allait très bien. Je ne trouvais pas de travail, donc je ne sortais quasiment pas, et il n’y avait personne pour me faire sentir mal vis à vis de ça. J’ai beau avoir une assez grosse poitrine, je n’ai eu aucun souci de sein tombant ou de douleurs. Après je ne boxe pas non plus dans le nichon de compétition, mon bonnet est D.

Ce qui n’est pas non plus monstrueux, mais suffisant pour que le fait de ne pas porter de soutien-gorge se remarque, si du moins on y fait attention.

C’est ainsi qu’en début d’année, j’ai commencé à déchanter. J’ai trouvé un de mes premiers contrats longs et donc, forcément, je suis sortie de mon isolement. Et j’ai ainsi pu voir l’ampleur de l’absence d’éducation des hommes en termes de respect.

J’ai constaté d’abord les regards en coin. Puis les mecs qui s’adressaient à moi les yeux rivés plus bas que mon menton. Puis les regards bien plus insistants. Aucun n’a osé me toucher ou m’agresser car je bossais dans le même magasin que mon conjoint, et j’imagine que personne n’avait envie de se faire défoncer, d’autant plus qu’il était l’adjoint du chef de secteur. Mais j’ai surpris des conversations. Puis des paris à la con pour voir qui arriverait à me faire pencher pour voir mes seins à travers mon col. J’ai surpris des insultes aussi.

Visiblement, ça se voyait trop pour être en paix.

J’ai trouvé une première solution, en portant de longues chèches que je laissais retomber sur ma poitrine : impossible de la voir à travers l’uniforme, et je pouvais me pencher sans « risque ».

Nourrie aux publications féministes, je trouvais anormal de devoir me cacher comme ça alors que c’était ainsi que je me sentais bien. De devoir me forcer à me cacher à cause du regard des autres ; en soi je ne faisais rien de mal. J’étais habillée normalement, rien d’indécent (ou du moins de considéré comme indécent par la police de la morale). J’avais juste les boobies qui ballottaient.

Et puis ça a commencé à devenir vraiment pesant. J’en avais ras le bol de surprendre des regards dégueulasses et des réflexions, et quand j’ai demandé à mon homme s’il avait remarqué, il m’a répondu qu’en effet ça se voyait que je ne portais rien, mais que c’était mon choix.

J’ai eu l’impression que le ciel me tombait sur la tête, que j’avais été idiote de penser pouvoir sortir tranquillement dans un monde où on emmerde sans arrêt les femmes sur leur tenue et où les injonctions sont permanentes. Ces messieurs sont habitués à voir les femmes avec des soutifs, donc celles qui n’en portent pas sont des putes. La raison derrière ? On s’en fout ! La majorité des femmes confirment à quel point c’est désagréable à porter au quotidien ? On s’en fout, faut souffrir !

Et c’est ainsi que les soutien-gorge sont revenus dans ma vie. Pas totalement : je n’en porte aucun en privé, et lorsque je porte un manteau je ne mets pas de soutien-gorge non plus car ça masque suffisamment le ballottement pour éviter les regards et jugements qui vont avec. Par contre malheureusement, quand il fait beau, je m’oblige à en porter un.

Je sacrifie mon confort pour avoir la paix. Je suis pitoyable.

L’oiseau et la Lame, de Megan Bannen

l'oiseau et la lame

Voici un one-shot que j’ai lu il y a déjà plusieurs mois, mais je n’avais pas pris la peine de faire une chronique, bien que l’ayant beaucoup aimé. Il s’agit d’une adaptation en roman d’un opéra de 1762 intitulé Turandot. Et une des rares histoires d’amour historiques ayant trouvé grâce à mes yeux.

Synopsis : 

1279. Tandis que l’empire mongol s’étend inexorablement, la jeune Jinhua est réduite en esclavage et, désormais orpheline, se retrouve au service du khan Timur et de ses fils. Le jour où la cité est attaquée par une tribu ennemie, Jinhua n’a d’autre choix que de fuir avec le khan et son plus jeune fils, Khalaf, le seul héritier survivant.

Pour sauver sa lignée, Khalaf a un plan : aller à la rencontre de la princesse Turandot, fille du grand Khan qui a juré d’épouser l’homme qui répondrait à trois de ses énigmes. En cas d’échec, Khalaf sera exécuté.

Alors que Jinhua se rapproche de Khalaf et tombe peu à peu amoureuse de lui, elle craint de plus en plus l’arrivée devant Turandot. La princesse pourrait signer l’arrêt de mort de Khalaf, mais aussi révéler les secrets que cache Jinhua…

Avec la vie de Khalaf en danger, Jinhua doit prouver son courage, même si cela implique de sacrifier ce qui lui est le plus cher.

Mon avis : 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est dépaysant. Lorsqu’on parle Mongols, on s’attend plus à des conquêtes, des cavaliers cruels, des guerres sans merci et des Khans surpuissants.

Ici, les personnages sont beaucoup plus humains, dans leurs réactions que dans leur manière d’agir, et ça rend le roman plus agréable. De mon point de vue, une histoire d’amour n’a rien d’intéressant, mais lorsqu’elle est bien amenée, qui plus est dans un cadre captivant, on la dévore !

J’ai vraiment apprécié la délicatesse et la poésie de l’oeuvre, on sent toute l’application de l’auteure pour décrire  l’environnement et la société sans pitié dans laquelle évoluent les protagonistes principaux. Les Mongols ne sont toujours pas des tendres, même après tant d’années de règne. Encore moins entre tribus.

Nos trois personnages principaux sont travaillés et grandissent, à leur manière. Jinhua apprend à s’affirmer et à apprécier ses qualités. Khalaf qui est tiraillé entre son devoir envers son père et sa tribu et son amour récent pour celle qu’il pense esclave et qu’il respecte pourtant. Et le Khan Timur, vieux et malade, qui râle beaucoup mais qui pourtant aime profondément son fils et veut la grandeur des siens. Et qui apprend même à respecter la petite esclave qui les suit depuis leur fuite.

Leur périple pour arriver jusqu’à Turandot a beau être long, il est loin d’être ennuyeux et permet non seulement de bien comprendre les enjeux, mais aussi de voyager dans l’empire Mongol dans toute sa splendeur et ses faiblesses.

On a beau savoir comment ça se termine, l’auteur sait distiller la tension à chaque question de Turandot. Le peuple est en émoi, personne n’a jamais réussi à répondre à la moindre d’entre elles ! Ainsi, l’intelligence et la fourberie de Turandot sont bien mises en avant et opposés à la détermination et au calme de Khalaf (loin d’être bête également).

C’est une histoire triste, mais belle, dans un cadre fantastique.

Être consciente de sa chance

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Source : Serendipity sur deviantart

J’ai beau râler énormément, je prends peu à peu conscience que je suis quand même bien chanceuse par rapport à ma situation précédente.

Déjà, parce que je ne suis plus à Paris. J’ai toujours détesté cette ville, d’autant plus qu’elle ne m’a pas offert les opportunités professionnelles que j’attendais de la sacro-sainte capitale.

Ensuite, parce qu’on a gagné en qualité de logement : fini les moisissures, fini l’appartement mal isolé dans lequel on a toujours froid après avoir chauffé, fini les voisins pire que bruyants et mal élevés. On est plus réveillés avec des hurlements ou des bruits de vaisselle brisée, on est plus embêtés quand il y a du foot, on peut même s’envoyer en l’air sans craindre que tout le quartier entende le moindre claquement de fesse.

L’appartement n’est pas non plus parfait car il y a des fuites d’eau dans la loggia, un des radiateurs fuit aussi et on a quand même pas mal d’humidité ambiante, mais ce sont des soucis très mineurs par rapport à ceux de notre ancien appartement. Cet hiver, nous n’aurons pas froid. Ici quand on chauffe, on a chaud !

Enfin, parce qu’on peut vivre. Plus besoin de passer des heures dans les transports si on a envie de visiter un musée ou aller à un salon (sauf pour les salons en périphérie de ville évidemment, mais pour moi 40 minutes à pied ça reste préférable à 2h dans les transports parisiens), dans l’ensemble tout est accessible facilement. Nous ne sommes pas tant sortis que ça depuis que mon homme a repris le travail dans son nouveau magasin, mais on sait que si on en a envie, on peut. Il faut juste arriver à sortir Monsieur de sa dépression et le motiver ! Je n’y arrive pas toujours, mais parfois si !

C’est un article court, mais voilà, je tenais aussi à dire que je suis capable de sortir la tête de l’eau pour admirer le paysage. C’est juste qu’être sans emploi ni allocations (non non toujours pas…), ça reste difficile, même en province. Et moi, je suis quelqu’un qui a tendance à voir le verre à moitié vide. Mais ce que j’ai laissé derrière moi ne me manque tellement pas que je sais que j’ai de la chance dans mon malheur.